Perspective et Enjeux d'Afrique

Agropastoralisme dans la zone CEDEAO : De nombreux acquis enregistrés

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Les enjeux de l’agropastoralisme sont énormes. Les pays, les associations et les organisations n’ont pas dit le contraire, les 8 et 9 novembre à Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, lors de l’atelier organisé par l’Ong française Acting For Life (AFL) et ses partenaires et placé sous le thème « Agropastoralisme et territoires transfrontaliers, gouvernance territoriale partagée : Bilan, enjeux et perspectives ».

Tous sont unanimes que la transhumance, le pastoralisme et la filière bétail sont très porteurs même si beaucoup restent à faire. Cette perception a été surtout très visible, à la clôture de la rencontre de Grand-Bassam, lors d’un panel animé par un pool de journalistes nationaux et internationaux.

Tous les domaines afférents à l’agropastoralisme ont connu des embellies. Cédric Touquet, responsable des programmes Afrique à Acting For Life l’a clairement dit eu égard aux constats faits par son organisation dans les pays de la CEDEAO dont le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Ghana et la Côte d’Ivoire. S’appuyant sur un film institutionnel, il a laissé entrevoir les actions qui ont été menées par son organisation dans ces zones et ayant permis de booster le développement de l’agropastoralisme dans la sous-région ouest africaine.

Le Projet régional de dialogue et d’investissement pour le pastoralisme et la transhumance au Sahel et dans les pays côtiers en Afrique de l’ouest (PREDIP) à travers sa composante 3 le Projet d’Appui à la mobilité du bétail pour un meilleur accès aux ressources et aux marchés (PAMOBARMA) soutenu techniquement par AFL contribue énormément à la performance des infrastructures agropastorales et à l’accroissement des ressources financières et le bien-être des populations au plan local et national. C’est pourquoi Acting For Life dans ses actions, souligne Cédric Touquet, mise énormément sur les trois composantes visant à associer les compétences développées par les organisations, les collectivités et à celles des structures étatiques.

« L’enjeu ici est de faire en sorte que les trois catégories travaillent ensemble pour une grande plus-value », a confié Cédric Touquet. Le Togo l’a si bien compris que les autorités compétentes ont vite fait de changer de fusil d’épaule « Au départ, le Togo n’était pas un pays d’élevage. Mais nous avons compris très tôt que c’est un secteur important qui va contribuer énormément au développement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle », soutient Dr Boukaya Gado, point focal PREDIP au Togo. Au-delà de l’élevage, ce pays de l’Afrique de l’Ouest a également compris l’importance de la transhumance. Cette activité qui était pratiquée au niveau local s’est vue étendre au-delà des frontières du pays. Dans cette perspective dynamique, affirme Dr Boukaya Gado, le Togo a signé un accord avec la Communauté économique de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) en créant un centre d’étude national de gestion de la transhumance.

De nombreux acquis enregistrés

Si cette stratégie a permis d’intensifier les actions, elle a aussi contribué à développer les marchés à bétails avec en toile de fond des protéines animales en quantité et en qualité pour les populations. En tout cas, de nombreux acquis ont été enregistrés au niveau des activités agropastorales en Afrique de l’ouest. Le Niger qui a une tradition d’élevage connait l’importance du pastoralisme et de la transhumance. Ahmadou Toudjani Ahmadou l’a démontré en affirmant qu’une nation qui n’a pas de marché à bétail est généralement confrontée à des difficultés. Il a, en sus, fait observer que l’élevage qui est pratiqué par 80% des Nigériens contribue au bien-être des communautés et impacte considérablement le niveau de vie des éleveurs. « Les communes qui n’ont pas de marchés à bétail peinent à disposer de ressources financières pour développer leurs différentes activités », révèle M. Ahmadou tout en assurant que les ressources générées par les marchés à bétails permettent aux collectivités de réaliser des investissements à l’intérieur des communes et de construire des infrastructures pour délocaliser le cheptel.

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Coulibaly Amadou Zanfongo, Coordinateur de l’Organisation professionnelle des éleveurs de Ferkessedougou (OPEF-CI) est de cet avis. Il affirme que la mobilité engrange des ressources énormes au profit des éleveurs, des collectivités et des communautés. « L’organisation de la transhumance a permis l’amélioration des recettes. Pour plus de dynamisme, les collectivités ont décidé de s’organiser au niveau des taxes en harmonisant les montants. Les taxes prélevées vont de 200.000 à 300.000 F Cfa. C’est l’ensemble de ces ressources que nous mobilisons pour sensibiliser et améliorer les activités de la transhumance », fait observer le coordinateur de l’OPEF-CI. L’organisation de la filière a donc apporté beaucoup aux éleveurs et à l’Etat. Car cette démarche a permis de mettre de l’ordre mais surtout de réduire les conflits éleveurs-agriculteurs avec l’implication des autorités administratives telles que les préfets, les sous-préfets, les maires, les chefs de communautés…

Consciente de l’impact positif du pastoralisme, la CEDEAO, a renseigné Dr Bio Goura Soulé, assistant à l’organisation ouest africaine, a déclaré le pastoralisme comme un patrimoine. Depuis donc, l’institution africaine s’est donné les moyens d’encadrer cette filière porteuse pour l’Afrique. Mieux, elle soutient à travers des programmes, la mobilité du bétail pour un meilleur accès aux ressources naturelles et aux marchés.

« La loi pastorale a favorisé le maintien et la modernisation des activités pastorales et permis la création de trois structures innovantes : les associations foncières pastorales, les groupements pastoraux et les conventions pluriannuelles de pâturage. Nous sommes à un tournant décisif du développement dans l’ensemble de la région. Il faut donc faciliter les choses pour que la transhumance soit bien organisée là où les animaux doivent être convoyés. Il faut aussi qu’il y ait la sécurité et l’hygiène. La CEDEAO travaille dans ce sens », confie Dr Bio Goura Soulé tout en soulignant que le souhait de la CEDEAO est de mettre en place un cadre transfrontalier qui va permettre une facilitation des échanges entre les 9 pays. Comme on le voit, l’agropastoralisme est en plein essor en Afrique de l’Ouest et enregistrera plus de progrès si les différents projets bénéficient toujours de la confiance des partenaires au développement.

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Les entraves
L’agropastoralisme est boosté depuis quelque temps en Afrique de l’Ouest. Certaines difficultés qui entravent ce domaine d’activités ont trouvé solutions quand d’autres sont en voie de l’être par la mise en place de nombreux mécanismes et l’organisation des associations professionnelles. Toutefois, l’insécurité qui sévit dans les pays de la zone ouest africaine constitue une entrave pour les activités agropastorales. Que dire du djihadisme qui gangrène les pays sahéliens considérés comme les nations à longue tradition d’élevage. Le terrorisme aux portes de certains pays n’est également pas fait pour arranger les choses. En Côte d’Ivoire, a expliqué Soro Nigbinnin Daouda, de l’Association des éleveurs de bovins de la région du Bounkani (AEBRB) les attaques des djihadistes dans le nord déteignent sur des éleveurs et transhumants peuls. Victimes de préjugés et assimilés aux terroristes, ils sont traqués et emprisonnés. Une vingtaine d’éleveurs accusés d’être de mèche avec les djihadistes, a renseigné le représentant de l’AEBRB, croupissent depuis des années à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Le Burkina Faso sujet à des attaques terroristes n’est pas épargné. Au Burkina Faso, les attaques récurrentes des villages impactent négativement sur le pastoralisme, la transhumance et particulièrement sur la filière bétail. Dans le but de sauver leur peau, les éleveurs et les habitants désertent les villages. Cette situation contribue à la destruction des cheptels ou la réduction drastique du bétail. Idem pour le Niger. Ahmadou Toudjani Ahmadou a confié que près de 130 bergers, éleveurs et transhumants ont été tués du fait de l’insécurité qui règne dans certaines régions du pays à cause de l’invasion djihadiste. L’insécurité à laquelle sont confrontés les pays de l’Afrique de l’ouest n’épargne malheureusement pas le Ghana. A un degré moindre, le pays de Nana Akuffo ADO, a expliqué Loukman, connait des cas d’enlèvements de bergers, de demandes de rançons et des vols de bétails. A l’insécurité qui mine la région ouest africaine, il faut ajouter l’orpaillage clandestin qui, de plus en plus, constitue un frein au pastoralisme et à la transhumance.

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